Chez le genre Polyergus

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Christophe Galkowski
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Chez le genre Polyergus

Message par Christophe Galkowski »

Bonne surprise cet après midi 1 août : essaimage chez Polyergus rufescens.
Vers 16h-16h30, soit au plus chaud de l'après midi, une activité inhabituelle à l'entrée du nid : des mâles (peu) et reines ailées sortent en nombre et prennent leur envol. J'ai compté près de 20 reines envolées, d'autres sont retournées au nid, l'essaimage doit s'étaler sur plusieurs jours comme chez les Formica.
Puis cela se calme.
Plus tard, des raids vers 19h00, une colonie de Formica rufibarbis pillée à deux reprises : dernier retour au nid vers 20h30.

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Jean-Luc Marrou
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Re: Chez le genre Polyergus

Message par Jean-Luc Marrou »

Espèce passionnante à observer.
J'ai eu la chance d'observer des raids à 3 reprises, mais jamais d'essaimage.
Tu as un nid près de chez toi, je suppose ?
A une époque, il me semble que Bernard en observait aussi près de chez lui.

Christophe Galkowski
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Re: Chez le genre Polyergus

Message par Christophe Galkowski »

Il y a un nid dans mon jardin, ce qui facilite les observations. Je vais les voir tous les jours.
C'est un gros nid. En juin, il y avait deux ouvertures, distantes de presque un mètre, et j'ai observé deux raids simultanés qui partaient dans deux directions différentes.
Maintenant, elles ont fait une troisième ouverture et elles partent toutes de là. De 1 à 4 raids par jour. C'est terrible, ça me fait toujours le même effet.
Il y a parfois aussi des reines désailées qui accompagnent les ouvrières lors des raids.

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Jean-Luc Marrou
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Re: Chez le genre Polyergus

Message par Jean-Luc Marrou »

Il y a quelques années, j'ai élevé des Polyergus pendant quelques temps. J'ai obtenu des gynes (Exactement 4 )avec les ailes rongées peu de temps après leur naissance. Je dis rongé car je suis incapable de dire si ça été rongé par les ouvrières à la sortie du cocon ou si elles sont nées comme ça, avec cet effet là. Je n'avais malheureusement pas pu bien observer la chose. Par exemple actuellement, j'élève des maculatus (legs henri cagniant) et j'ai une micro gyne qui est née avec les ailes rongées et là j'ai pu observer dés la naissance des ailes en mauvais états qui ont été rongées par les ouvrières quand ils ont aidé la gyne à sortir du cocon. Etonnant, non ?
C'est le fait que tu parles de ces gynes qui participent aux raids qui m'a fait associer là-dessus.
Je me demandais si c'était vraiment des gynes à part entière ou une "sorte d'aberration" (le syntagme n'est peut être pas approprié) que l'on peut trouver chez certaines gynes au sein d'une colonie.

Christian Foin
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Re: Chez le genre Polyergus

Message par Christian Foin »

J'ai observé chez Polyergus aussi effectivement des gynes aux thorax normaux qui suivaient les raids des ouvrières, souvent à la traine et pas une conduite régulière en arrivant ou n'arrivant pas aux nids pillés.
Deux ou trois fois j'ai vu des gynes ergatoïdes.
L'une d'elle, mise en élevage, en lui donnant des jeunes ouvrières et cocons, a pondu normalement. La descendance s'est faite un peu désirer car dans l'année et au début de l'année suivante les ouvrières serviformicas ont mangé les jeunes Polyergus à la naissance. Les naissances plus nombreuses s'intensifiant et les ouvrières survivant, j'ai relâché la colonie quand elle a eu assez d'ouvrières Polyergus pour un premier raid.

Ces gynes même ergatoïdes sont fécondes et fécondées par conséquence au nid, ou au sol, mais j'ai constaté des accouplement avec des gynes ailées, en élevage, dans le nid lui même sous une lampe chauffante.
Également fécondes les gynes aux thorax normaux qui reviennent ou sont fécondées au nid: plusieurs élevages dans le passé.
Pour me procurer des reines Polyergus, je guettais autour des dômes de cette espèce car les gynes étrangères qui essaient de s'introduire dans les colonies de Polyergus se capturent facilement, je les trouvais enlacées dans un combat acharné, chaque fois avec une ouvrière de leur espèce.
En effet les gynes errantes suivent volontiers les pistes de chasse des polyergus quand elles en rencontre et arrivent ainsi parfois dans des colonies étrangères.
Des gynes relâchées par mes soins à proximité d'une colonie autre, adoptent chaque fois cette tactique et rencontrent une ouvrière polyergus qui les intercepte, chaque fois la gyne plus cuirassée était indemne.

Parfois quand les conditions de naissances ne sont pas idéales, les ailes ne se déplient pas.
J'ai ce cas actuellement avec une gyne S.huberi élevé par une trop faible population d'ouvrières, et peut-être dans d'autres conditions encore insuffisantes, dans ce cas peut-être un milieu trop humide. Les ailes sont restées ds leurs sacs d'avant la naissance les trois premiers jours et ne se déplieront jamais.

Des cas de cannibalismes partiels peuvent également expliquer ce comportement, cela arrive que des individus un peu trop nettoyés à la naissance de leur peau de nymphe, survivent pattes ou antennes rongées. Cela est fréquent dans les sociétés mixtes au début des naissances de la nouvelle espèce.

Chez les abeilles les ouvrières qui naissent avec les ailes atrophiées, ne se dépliant pas correctement, sont des individus ayant subis l'influence de virus(c'est un signe d'infection de la colonie par Varroa jacobsoni qui transmet les virus par piqures aux nymphes) elles sont éjectées de la colonie à la naissance.
Modifié en dernier par Christian Foin le dim. 4 août 2013 14:08, modifié 1 fois.

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Jean-Luc Marrou
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Re: Chez le genre Polyergus

Message par Jean-Luc Marrou »

Observation trés détaillée et interessante, merci Christian. Pour compléter ce que tu dis, je redis que j'ai pu observer des ouvrières qui rongent les ailes mal dépliées, mal développées de certaines gynes. J'ai observer attentivement ça avec des maculatus et je fais l'hypothèse que si j'avais été plus attentif j'aurai pu l'observer sur Polyergus.
C'est une espèce vraiment intéressante vu la qualité des observations ramenées.

Christian Foin
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Re: Chez le genre Polyergus

Message par Christian Foin »

Chez Crematogaster scutellaris qui en Dordogne sont très polygynes j'ai vu et Claude m'a dit la même chose je crois me rappeler, des ouvrières retenir par les ailes et parfois les arracher, des gynes sur le point de s'envoler.Des gynes qui essaient de s'envoler ont assez fréquemment soit manque d'ailes soit les ailes en lambeaux.
Au printemps très tôt il n'est pas rare de voir des gynes dés-ailées suivre les pistes éloignées du nid dans les colonnes d'ouvrières ou encore roder aux alentours du nid de cette espèce.

Mon avis est que chez certaines espèces qui peuvent se disperser en volant, la fécondation au nid est fréquente. Cela concerne beaucoup d'espèces qui ne font pas de grands rassemblements de sexués inter-nids le même jour.
Pour moi c'est la règle chez les Formicas du groupe rufa, les serviformicas au moins et Polyergus.

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Jean-Luc Marrou
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Re: Chez le genre Polyergus

Message par Jean-Luc Marrou »

Exact, je l'avais oublié, j'ai effectivement observé ça il y 20 ans quand j'étais surveillant dans un lycée (Graulhet dans le Tarn), il y avait un gros nid de Crematogaster scutellaris. Lors d'un vol nuptial début octobre, j'ai vu un grand nombre de reines empêchées de décoller par les ouvrières, elles leur rongeaient les ailes sur place puis les tirer promptement vers le nid ou les gynes y revenaient d'elles mêmes ne pouvant plus s'envoler. J'en avais parlé à Luc Passera il y a des années. Je l'avais complètement oublié. Merci d'avoir provoquer cette réminiscence ;) .

Rumsaïs Blatrix
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Re: Chez le genre Polyergus

Message par Rumsaïs Blatrix »

Pour les Polyergus, il me semble que la littérature fait état d'un mode de fondation particulier (outre l'essaimage), qui colle avec vos observations: les femelles fraichement fécondées (souvent à l'intérieur même de la colonie) suivent les raids pour fonder dans la colonie ciblée.

Christian Foin
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Re: Chez le genre Polyergus

Message par Christian Foin »

Dans ce cas , si l'acceptation d'une reine Polyergus se fait par des serviformicas régulièrement pillées, la fondation donc, est trop proche du nid mère. Je pense que la jeune colonie Polyergus est voué à l’échec.
Dans leur propre colonie les jeunes reine Polyergus qui se mettent à briller et se préparent à pondre sont chassées par leur propres ouvrières sœurs qui les mordent et les pourchassent.

Dans la nature les colonie de Polyergus sont largement dispersées.

Lors des raids les ouvrières Polyergus mordent certaines reines mais pas toutes, des espèces F.rufibarbis.
Il y a donc une sélection dans ces nids très régulièrement pillés de reines plus petites et moins rouges, parfois réduites de taille et apparition de polygynie chez des colonies qui restent petites et légères par le nombre d'ouvrières.
Je connaissait sur le Bassin d'Arcachon une prairie sableuse ou ce genre de colonies réduites pullulaient à moins d'un mètre l'une de l'autre.

Également les razzias des Polyergus déclenchent chez les F.rufibarbis un retour de ponte en été, après la période normale, même en pleine sècheresse.

Les ouvrières Polyergus mordent également toujours et les estropient les reine F.sanguinea quand elles attaquent l'un de leur nid .

Par une heureuse combinaison de chances, j'ai réussi à mélanger deux colonies complètes de Polyergus rufescens, mais toujours l'une des reines pourchassait l'autre qui fuyait.
Relâchée cette colonie s'est très rapidement scindée en deux parties disproportionnées: la plus grande partie à fait un second déménagements fort loin, en laissant une reine et quelques ouvrières serviformicas.
J'ai ouvert pour constater facilement dans ce premier nid provisoire, que l'une des reines était restée quasi seule sans ponte, plusieurs semaines plus tard.

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