Le Complexe T. exilis aux Baléares

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Henri Cagniant
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Le Complexe T. exilis aux Baléares

Message par Henri Cagniant »

Je ne dispose pour l'instant que de 3 prélèvements effectués à Majorque. Une soixantaine d'espèces de Fourmis (Gomez & Espadaler, 2006; Comin, 2012) avec 5 Temnothorax dont une représentante du Complexe exilis (attribuée par les auteurs à T. specularis sensu Collingwood) sont signalées de cette île, la plus grande de l'archipel; plusieurs espèces "exotiques" font aussi partie de cette myrmécofaune (Gomez & Espadaler, op.cit.); l'arrivée de A. iberica (alors que A. gemella décline, Cagniant, 1994) suggère une origine générale de Catalogne; mais il existe également des arguments en faveur d'apports en provenance du Maroc.

Liste des échantillons:
Sierra de Torrellas: Chêne vert enrésiné avec Pins, Genévriers, facies rupestres à Ciste et Romarin; rocaille calcaire très ombragée. Altitude 900 m. Nid dans les fentes des rochers couverts de mousses. n=15. 27/ IV/ 1991
Sierra de Alfabia: Chênaie baléarique bien conservée à Chêne vert et Cyclamen, quelques Pins d'Alep, Lentisque, Asparagus, Ampelodesme. Altitude 800 m. n=3 ouvrières isolées. 28/IV/1991
Valldemosa: Bois assez dense de Pins, Lentisque, Ampelodesme, Ciste, Caroubier, Olivier, Asparagus, Bruyère. Altitude 200 m. Eboulis calcaires colmatés. n=2 ouvrières isolées. 30/IV/1991.

Description des ouvrières (d'après l'échantillon de Torellas):
Long. corps: 2,2 - 2,7 mm. Coloration variant du brun chocolat pur au brun chocolat au lait. Appendices jaune-ocre, massues et fémurs un peu rembrunis. Tête rectangulaire (Lte/lat=1,156 en moyenne), lisse, luisante, seulement quelques ridules allant des arêtes frontales jusqu'au niveau des yeux. Tronc plus ou moins réticulé, souvent une plage lisse sur le pro et le mesonotum; sur les flancs, la réticulation est plus nette avec des ébauches de rides très fines, en long. Pas de sillon. Epines petites (Indice=1,197 en moyenne), triangulaires et pointues, s'élevant droit sur le plan du propodeum qui descend selon un angle très ouvert vers l'arrière. Pétiole bien pédiculé; le nœud est haut (Lpe/hpe=1,291 en moyenne), assez variable de profil: souvent triangulaire (angle au sommet=75 à 80°) avec une face postérieure tombant directement, mais aussi avec une face supérieure inclinée en arrière (angle antérieur = 90) et une face postérieure "en marche d'escalier". Postpétiole plus large que long (Lpp/lpp=0.907 en moyenne). Le nœud pétiolaire est superficiellement réticulé en arrière et sur les côtés; le postpétiole souvent lisse dessus.
On trouvera toutes les mesures ajoutées au tableau du précédent article.
Les caractères exposés ci-dessus paraissent constants dans toute la population; les 3+2 ouvrières capturées ailleurs entrent dans les limites de la variation de l'échantillon de référence.
Introduits dans l'ACP (les 3 échantillons rassemblés) cette population se positionne à l'écart, mais cependant au voisinage de celle de Corse et de Catalogne+SW. (coordonnées: Axe 2=-0,740; 3=-0,168; 4=-0,618). Elle se caractérise donc en particulier par son pétiole élevé et ses épines petites; en outre la taille est faible: Lte+lat/2 maximum= 0,63 mm; en Catalogne, cet indice atteint 0,74 mm.

On sait que les Baléares sont émergées au Pliocène, en communication avec le continent dont elles ne vont se séparer il y a 5 à 3 millions d'années (Collectif, 1992); d'autres auteurs datent le creusement du détroit de Valence de la fin de l'Oligocène (-25 ma) sans exclure l'existence de "ponts" temporaires ultérieurs (Miocène, Pliocène). Rien de surprenant qu'une population originale du Complexe exilis se soit individualisée par effet d'isolement sur Majorque, à l'instar des Mammifères par exemple (Antilopes, Loir, Musaraigne). Comin et de Haro, 1980 écrivent que ce qu'ils appellent "T. specularis" (sensu Collingwood) : "N'est pas aussi commun à Minorque que dans le reste des Baléares, surtout sur les îlots de Cabrera". Cabrera est une petite île au sud de Majorque (calcaires, marnes et dolomie du Tertiaire) dont elle est séparée depuis 12000 à 15000 ans. Je manque de données récentes concernant la myrmécofaune d'Ibiza et Formentera.
Il serait donc intéressant de procéder à des captures dans l'archipel entier afin de vérifier si chaque peuplement à évolué de son côté ou non; on pourrait ainsi tenter de déterminer si l'arrivée des exilis aux Baléares est ancienne (toute une série de ssp.) ou récente (une seule ssp. relativement homogène pour l'archipel).

Encore du travail pour les passionnées d'Antarea!

Cagniant H. 1994- Contribution à la connaissance des Fourmis marocaines. Description d'Aphaenogaster rifensis n. sp. Révision de la superespèce Aphaenogaster (supersp.) gemella (Rog.)(N. Taxon). (H.F.) Bulletin de la Société Zoologique de France, 119: 15-29.
Collectif, 1992- Le Grand Guide des Baléares, Gallimard ed. Paris. 294 p.
Comin del Rio P. & A. de Haro Vera 1980 -Datos iniciales para un estudio ecologico de las Hormigas de Menorca (H.F.) Bolleti de la Societat d'Historia natural de les Balears 24:23-48.
Comin del Rio P. 2012 -Formicidos de Mallorca. On Line: http://www.lamarabunta.org/
Gomez K. & X. Espadaler 2006- Exotic ants (H.F.) in the Balearic Island. Myrmecologische Nachrichten 8: 225-233.

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